Aux 12e « Rencontres du Dialogue Social », syndicats, organisations patronales et experts du dialogue social se mobilisent et appellent, à un moins d’un an de l’élection présidentielle, à une relance d’un vrai dialogue social, ouvert, levier de croissance, emploi et de progrès social !
Sur fond de stagnation économique préoccupante, avec une inflation qui repart à la hausse et une concurrence internationale exacerbée, notamment face à la Chine et aux États-Unis, qui redessine les chaînes de valeur, 28 des principaux acteurs économiques, sociaux et politiques français se sont retrouvés, à l’invitation de Béatrice de LAVALETTE, ancienne vice-présidente de la région Ile de France, élue à Suresnes et présidente de Société en Mouvement, aux 12e Rencontres internationales du dialogue social le 18 juin 2026 – devant près de 600 participants ayant répondu présents tout au long de la journée.
Les intervenants qui se sont succédé à la tribune – parmi eux les partenaires sociaux – le président du MEDEF, les secrétaires généraux de FO, de l’UNSA, le président de la CFTC, le président de la CPME Paris – mais aussi le fondateur du Groupe ALPHA et co-coordonnateur de la Conférence sociale « Travail, Emploi, Retraites » lancée en décembre dernier par le premier ministre – ont tous insisté sur la nécessité de placer le dialogue social au cœur de toutes gouvernances et réformes, comme levier de performance économique et de progrès social, ainsi que le démontrent les pays d’Europe du Nord et, en France, au plan local, les 81 000 accords d’entreprise, issus de la négociation collective, signés en 2024.
La réalité française reste toutefois celle d’un dialogue social fragmenté sur le plan national, tributaire d’un taux de syndicalisation toujours aussi faible — seuls 8,9 % des salariés adhèrent à un syndicat, plaçant la France en queue de liste des pays de l’OCDE, juste devant la Hongrie et la Lituanie mais loin derrière l’Italie, le Canada, l’Allemagne, les Pays-Bas ou le Royaume- Uni et plus loin encore des 60% enregistrés pour le Danemark et la Suède. Dans le dernier classement mondial IMD (Institut International pour le Développement utilisé par le Forum de Davos), notre pays figure à la 42e place pour la qualité de son dialogue social. Or le lien entre qualité du dialogue social, croissance, compétitivité et emploi sur l’exemple des pays d’Europe du Nord, est clairement démontré, et, à ce titre, secrétaires généraux et présidents ont unanimement salué ces Rencontres, « un événement unique dans le monde social » a déclaré Laurent ESCURE, Secrétaire général de l’UNSA.
La 12e édition des Rencontres internationales du dialogue social, organisées et animées par Béatrice de LAVALETTE, a tenu toutes ses promesses. L’évènement, qualifié par beaucoup de « Davos du dialogue social », a réuni un plateau exceptionnel de 28 personnalités de premier plan, parmi lesquelles la Haute-Commissaire à l’enfance Sarah EL HAÏRY, Patrick MARTIN (MEDEF), Cyril Chabanier (CFTC), Bernard COHEN-HADAD (CPME PARIS), Frédéric SOUILLOT (FO), Laurent Escure (UNSA), Pierre Ferracci, les anciens ministres Jean-Michel Blanquer et Gilles de Robien ou encore la présidente de l’ANDRH Audrey RICHARD.
Plus que jamais, notre pays évolue dans un climat social fragilisé : le chômage augmente, la dette publique, désormais proche de 115 % du PIB, limite fortement nos marges de manœuvre budgétaires dans un contexte d’instabilité internationale qui pèse sur les marchés, les approvisionnements et la confiance des entreprises et des salariés.
A moins d’un an de la prochaine élection présidentielle, la question qui se pose est celle de la place des partenaires sociaux et du dialogue social, le grand absent des deux quinquennats du président de la République, – dans les mois et les années à venir. Après l’échec du « conclave » sur les retraites l’année dernière se conclut sur un échec patent qui laisse un goût amer, la conférence sociale « Travail, Emploi, Retraites », dont les objectifs sont ambitieux et les conclusions attendues en septembre prochain, tiendra-t-elle toutes ses promesses ?
En introduction, Béatrice de LAVALETTE a rappelé que « 74% des salariés estiment que le dialogue social ne fonctionne pas bien dans notre pays1, une donnée inquiétante qui illustre un dialogue social français toujours en panne, à la traîne face à ses voisins européens, et qui constitue un véritable frein au dynamisme économique et à notre compétitivité… », ajoutant : « dans un pays plus que jamais marqué par l’incertitude sociale, économique et politique, pourra-t-on réformer la France sans passer par la case dialogue social ? Doit-on craindre dans l’avenir une multiplication des foyers de contestation et le spectre d’une nouvelle crise de type « gilets jaunes », alimentée par un sentiment d’injustice fiscale, de fracture territoriale persistante, d’une défiance croissante envers les institutions et l’impression d’un ‘pays à deux vitesses’ ? Dans ce contexte, il est indispensable que chacun des partenaires puisse être respecté, écouté, avec toute l’ouverture et la confiance nécessaire, sans que des conclusions ne soient définies à l’avance et que s’il émerge des propositions concrètes, elles puissent trouver une traduction politique ».
En ouverture de la journée, Jean-Michel BLANQUER a tenu un discours fort et mobilisateur : « face à l’absence de dialogue dans notre démocratie, provoquant une demande d’autorité forte de la part d’une majorité de Français, il nous faut un projet de société qui fasse sens, avec de réelles perspectives. Les sujets des territoires ou de la jeunesse sont par exemple deux enjeux du dialogue social ».
Dans une carte blanche percutante, « Le dialogue social autonome : un enjeu de réussite démocratique », le président du MEDEF Patrick MARTIN estime que « les politiques doivent mieux prendre en compte la réalité économique du monde et des attentes très fortes des entrepreneurs »… Convaincu que le dialogue social autonome est un pilier de notre démocratie, « les thématiques majeures de l’IA, de la formation, de l’emploi des jeunes, des enjeux écologiques doivent être affirmées aux Français par les partenaires sociaux ». Le décryptage de l’année sociale, s’est révélé particulièrement vif dans l’expression de deux visions du dialogue social radicalement différentes ! Si Henri STERDYNIAK, cofondateur des Economistes atterrés, pense que « la question des retraites risque de perturber l’élection présidentielle et mettre à mal le dialogue social », pour l’essayiste Barbara LEFEBVRE, « le rôle de l’État ne consiste pas à gérer nos vies de la naissance à la mort… alors que notre pays est le seul à dire qu’on peut gagner plus en travaillant moins, la seule réforme envisageable est d’allonger la durée du temps de travail et d’ouvrir la retraite par capitalisation ».
À ce titre, les propos de Pierre Ferracci, fondateur du Groupe ALPHA et co-coordonnateur dans un échange particulièrement passionnant avec l’ancien directeur général de LCP-Assemblée nationale Richard MICHEL, au sujet de la Conférence sociale « Travail, Emploi, Retraites » qu’il coordonne aux côtes de Jean-Denis Combrexelle et Anne-Marie Couderc, ont été éclairants : « les partenaires sociaux doivent parvenir à s’exprimer de façon plurielle mais cohérente à l’issue de la Conférence, et livrer ainsi des pistes éclairantes pour les entreprises et les branches professionnelles bien au-delà de 2027. Et si les politiques peuvent les écouter, notamment sur les sujets de la pénibilité, des carrières longues et de la capitalisation, cela sera déjà une bonne chose ! », ajoutant « les pays d’Europe du Nord ont une méthode intéressante en demandant aux partenaires sociaux de travailler sur le travail ! En France, on ne l’a pas fait jusqu’ici. Il faudra bien finir par aboutir à une vraie réforme des retraites ! ».
Laurent Escure, Secrétaire général de l’UNSA, a choisi d’intervenir sur « Le dialogue et le dialogue social, ces anti-sectarismes … tous les pays qui réussissent économiquement sont ceux qui portent la défense du dialogue social et des syndicats, pointant du doigt les Etats-Unis et l’Argentine qui sont -selon lui – dans l’outrance en niant cette évidence…», ajoutant « redouter la tentation d’un vote populiste massif en 2027, à gauche ou à droite, qui mettrait en danger notre démocratie sociale ».
Au cours du Grand duel qui a vu s’affronter Franck MOREL, avocat et ancien conseiller du premier ministre Edouard Philippe au Secrétaire général de Force Ouvrière Frédéric SOUILLOT, tandis que ce dernier estime que « nous travaillons assez mais nous ne sommes pas assez nombreux à travailler- on ferme plus d’usines qu’on en ouvre – et il faut donc d’abord parler d’emploi, stopper les entretiens de fin de carrière dès l’âge de 45 ans et repenser la gouvernance du système de retraite », Franck MOREL pense « que le taux d’emploi des jeunes est également préoccupant et cela nous oblige à trouver des leviers adaptés » se prononçant en faveur de nouveaux mécanismes comme « des prépas en apprentissage », croyant lui aussi aux vertus du dialogue social autonome : « que les partenaires décident eux-mêmes de se saisir d’un certain nombre d’enjeux ! »
Invitée d’honneur de cette 12e édition, Sarah EL HAÏRY a délivré un message particulièrement fort à l’adresse des chefs d’entreprises et de leurs DRH dans le cadre d’une intervention dédiée à la « révolution parentale par les entreprises » dans le dialogue social, à l’heure où « 53 % des jeunes parents se disent prêts à quitter leur travail, faute de trouver un équilibre vie personnelle, vie professionnelle et vie familiale. Dans un monde du travail en constante évolution, permettre à chacun de concilier ses responsabilités familiales et son parcours professionnel n’est pas seulement un enjeu de qualité de vie au travail : c’est aussi un levier d’égalité, d’engagement et de performance collective. Faire de l’entreprise un lieu plus attentif aux réalités des familles, c’est investir dans le bien-être des enfants et dans l’avenir de notre société ».
Année après année, à l’échelon national, notre dialogue social demeure malheureusement en panne, à la traine de la vitalité de nos voisins européens, et, de ce fait, plombe notre croissance, notre compétitivité et l’emploi. Les propos de nos invités étrangers venus de Suède, d’Espagne, du Royaume-Uni et d’Allemagne ont été, à ce titre, éloquents.
Plusieurs de ces experts étrangers ont souligné que dans leurs pays respectifs, la négociation se fait au plus près du terrain, dans les branches mais aussi dans les entreprises et l’horaire collectif de travail peut se décider dans chaque organisation après accord majoritaire : toute la place est ainsi donnée aux partenaires sociaux, reconnus et valorisés. Le spécialiste des questions sociales germaniques Patrick BRENNER précise que « l’Allemagne se montre inquiète à l’égard de la France qui n’est pas suffisamment protectrice de son modèle social » et le représentant de l’ambassade d’Espagne Daniel SOLANA indique que « les partenaires sociaux continuent de maintenir un climat de stabilité en accompagnant le marché du travail dans un contexte de croissance économique », à l’inverse du Royaume-Uni qui a, selon Tom JENKINS, « perdu entre 4 et 8 points de PIB depuis le brexit ».
Mais sur le plan local, la négociation collective au sein des entreprises françaises reste particulièrement dynamique et bénéfique pour la compétitivité. Estelle SAUVAT, présidente du Groupe ALPHA, indique que son entreprise « a signé un accord IA reposant sur 4 piliers : sécuriser, l’IA pour tous, choix technologiques et innovation par nature ».Christelle BOURON, directrice du développement social chez AXA France a présenté l’accord « Qualité de vie et des conditions de travail AXA France » – volet Santé mentale – qui « valorise la Médiation interne, une méthode de gestion alternative des conflits… Convaincue du lien étroit entre performance économique et performance sociale, AXA France positionne depuis de nombreuses années la promotion de la qualité de vie au travail et de l’amélioration continue des conditions de travail au cœur du dialogue social de l’entreprise ».
Chez LAMY LIAISONS, « l’égalité femmes-hommes constitue une responsabilité sociétale et un impératif de gouvernance » souligne sa présidente Rokhaya PONDI : « notre dialogue social a notamment porté sur ce sujet cette année et nous avons répondu favorablement à plusieurs propositions portées par nos organisations syndicales et qui sont en cours de finalisation. Une discussion sera ouverte sur des droits spécifiques pour les salariés aidants, inscrite dans l’agenda social de 2027 ».
Et Pauline BRUN, DRH de l’association LES PEP GRAND OISE (Pupilles de l’Enseignement Public) indique avoir « découvert l’existence de la ‘charte pour la reconnaissance du deuil animalier par les employeurs’ – portée par Société en Mouvement et cosignée par plus de 800 personnes aujourd’hui (NDLR) – à l’occasion de sa présence aux Rencontres du dialogue social il y a deux ans… C’est cette initiative qui a inspiré notre accord novateur signé en mars 2025 entre la direction des PEP Grand Oise et trois syndicats de l’association (CFDT, CGT, CFE-CGC), accord prévoyant l’octroi d’un jour de congé rémunéré aux salariés touchés par le décès de leur animal de compagnie » a-t-elle poursuivi. Un accord pionnier hors secteur animalier qui a vivement intéressé bon nombre de participants dans la salle…
Dans le grand débat consacré à « la transformation profonde du travail et des organisations, liée au déploiement exponentiel de l’IA – et la question politique qui en découle, les gouvernants et les politiques ont-ils pris toute la mesure de cette mutation majeure ? », la présidente de l’ANDRH et DRH de Canal+ Audrey RICHARD indique que « l’IA a constitué une grande avancée dans les entreprises, avec la création de 78 millions d’emplois nets dans le monde… il faut bien sûr une régularité des débats sur le sujet dans le dialogue social » mais Cyril CHABANIER, président de la CFTC souligne « la nécessité de gérer la transition des nouveaux emplois générés par l’IA et la manière dont elle est mise en place dans les entreprises » quand le président de la CPME PARIS, Bernard COHEN-HADAD estime « qu’il va falloir accepter de vivre dans un monde qui a besoin de prendre du temps pour maîtriser l’IA qui vient indéniablement se heurter à un certain nombre d’acquis sociaux »…et pour l’ancien ministre Gilles de ROBIEN, « l’IA peut nous aider à former un dialogue social renouvelé… L’intelligence artificielle est-elle une rupture ? Je ne pense pas. C’est selon moi une accélération ! ». « Un dialogue social qui pourrait utiliser l’IA en générant de l’innovation sociale dans les entreprises » selon Luc MATHIEU, Secrétaire national de la CFDT.
Une belle, dense et riche journée synthétisée par Christophe LEPARQ, le fondateur du club DeciDRH avant de conclure sur ces quelques mots : « avant 2027, il faut considérer l’importance du dialogue social sur le long terme, avec l’humain au cœur pour cultiver l’espérance du jour d’après » !
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