Société en mouvement

Cercle de réflexion

Charte pour la reconnaissance du deuil animalier

Notre relation aux animaux, qu’il s’agisse des animaux en général et des animaux domestiques en particulier, ainsi que notre façon de les considérer, de les comprendre et de vivre avec et/ou près d’eux a, fort heureusement, largement évoluée depuis l’Antiquité et c’est aussi un critère sur lequel nous pouvons nous appuyer pour mesurer l’évolution de nos sociétés et de notre Humanité.

Aujourd’hui, selon plusieurs sondages, 85% des français considèrent leur animal de compagnie comme étant un membre à part entière de leur famille. Les liens qui unissent les humains à leur animal sont extrêmement forts dans la plupart des cas et la souffrance psychologique provoquée par la disparition de cet animal est proportionnelle à cet attachement. Dès lors que son animal de compagnie est considéré comme un être cher, la douleur et le deuil seront en tous points comparables à tout deuil qui sépare d’un être vivant avec lequel on a tant partagé et qui va manquer douloureusement.  Toutes les données, référencées dans la Charte, sont très convaincantes et nous confortent dans le fait que nous ne pouvons octroyer à quiconque le droit de hiérarchiser et de décider de la douleur ressentie par un individu à la disparition d’un autre individu car elle appartient à chacun et est unique pour chacun.

C’est pourquoi nous avons rédigé et sommes les premiers signataires d’une Charte* relative à la « reconnaissance du deuil animalier par les employeurs publics et privés » et nous vous invitons à réfléchir à la problématique du deuil animalier, aux conséquences psychologiques qui en découlent, à la douleur intense liée à cette séparation, et, comme pour tout deuil, l’incapacité à exercer ses missions professionnelles le jour qui suit le décès. D’ailleurs, les études scientifiques sur lesquelles nous nous sommes penchées et les auditions auxquelles nous avons procédé, apportent un nouvel éclairage sur la nature du deuil vécu et sur son impact en milieu professionnel et donc le rôle essentiel que peut jouer un employeur.

Nous vous proposons de lire cette Charte qui rationalise le bien-fondé de notre démarche et qui s’inscrit dans une évolution sociétale de la relation humain / animal, du bien-être au travail et du nouveau rapport au travail des salariésPar votre signature, que nous espérons, vous participerez à faire évoluer encore notre société et notre Humanité dans son rapport aux animaux, vous aiderez à faire accepter qu’un deuil est un moment de vie très personnel qui ne peut pas être jugé, vous permettrez que ce deuil aussi soit respecté, vous contribuerez à faire admettre que chacun peut décider de qui est un « être cher » à ses yeux et non qu’on en décide à sa place.

C’est ainsi qu’en signant la Charte de « reconnaissance du deuil animalier par les employeurs publics et privés » vous soutiendrez et favoriserez la diffusion de l’idée d’accorder une journée de congé pour les salariés du privé et une journée d’autorisation d’absence, en faisant évoluer la législation actuelle, pour les agents du secteur public renforçant par là-même le lien de confiance et le sentiment d’appartenance à l’entité qui l’emploie.

Aucun employeur ne doit y être contraint, mais nous souhaitons que, dans le dialogue social et dans le cadre d’une politique RSE, l’octroi de cette journée de deuil se diffuse très largement dans les entreprises et les collectivités territoriales, idéalement dans le cadre de la signature d’un accord entre les partenaires sociaux.

Nous vous remercions pour le temps que vous voudrez bien consacrer à la lecture de cette Charte et à la réflexion que ne manquera pas de susciter cette question sociétale d’actualité au regard de l’évolution de la relation des humains avec les animaux. Nous serons très heureuses de recueillir votre accord pour signer cette Charte et accepter que votre signature puisse être rendue publique en nous envoyant un mail à : equipe@societeenmouvement.com

Si notre société a souvent des difficultés à admettre qu’un être humain puisse ressentir de la douleur et des émotions intenses à la mort de son animal de compagnie, Nous, signataires de la Charte, souhaitons impulser la reconnaissance du deuil animalier par les employeurs publics et privés.

Forts de leur expérience et de leur expertise en matière de bien-être au travail et de relation humain- animal, Béatrice de Lavalette, présidente du think tank Société en Mouvement, élue dans les Hauts de Seine* , Marie Le Lan, conseillère municipale* en charge de la condition animale en ville, qui sont à l’initiative de cette charte, souhaitent créer avec les syndicats signataires suresnois CGT, SYNPER, FO, les conditions optimales d’un environnement de travail bienveillant et de confiance en reconnaissant pleinement à l’échelle nationale la douleur et la souffrance engendrées par la perte d’un animal de compagnie.

Pour élaborer cette charte, nous nous sommes appuyés sur des auditions et des études scientifiques afin de mieux appréhender l’épreuve que représente le décès d’un être cher quel qu’il soit.
Nous avons ainsi cherché à comprendre comment un employeur bienveillant, qui place les femmes et les hommes de son organisation au coeur de son projet et de sa politique de ressources humaines, pouvait contribuer à reconnaitre cette souffrance dans le cadre de dispositions novatrices en faveur du bien-être au travail. La qualité de vie et la santé au travail doivent, en effet, constituer un des axes essentiel et prioritaire d’une politique de ressources humaines, levier d’attractivité, de motivation, d’innovation et de baisse de l’absentéisme.

Cette volonté de reconnaissance du deuil animalier intervient après l’accord, le premier en France, signé par l’élue Béatrice de Lavalette et les syndicats suresnois CGT, FO et SYNPER le 3 septembre 2020, pour permettre l’accueil des animaux de compagnie au bureau. Cet accord pionnier, inédit dans la fonction publique, qui bouscule le conformiste dans l’administration, est pourtant un dispositif au service de la créativité, de la stimulation, de la communication, de la diminution du stress, de l’apaisement d’éventuelles tensions, vecteur de cohésion sociale et d’équipes. L’expérience concluante de la ville de Suresnes a ainsi pu inspirer une vingtaine de villes en France et a notamment permis de mesurer la force du lien qui unit les agents à leur animal de compagnie.

Pour comprendre la nécessité de cette reconnaissance du deuil animalier, référons-nous à cette enquête publiée en avril 2022 par l’institut CSA et la Société Centrale Canine et réalisée auprès de 1006 français : 85% des Français considèrent le chien comme un membre de la famille à part entière et 90% des personnes interrogées disent que le chien représente une compensation affective(1).Une deuxième enquête, réalisée par Woufbox en 2022 auprès de 1002 personnes possédant un animal de compagnie, conforte ces données puisque 94% d’entre eux considèrent eux aussi leur animal comme un membre du foyer avec même 54% des interrogés assimilant leur animal à « un enfant de la famille »(2). Ces enquêtes nous amènent à comprendre la puissance de l’attachement et l’implication émotionnelle de très forte intensité qui existent entre les êtres humains et les animaux qui partagent leur vie.

*élues à la ville de Suresnes : à noter que cette charte n’est pas portée par la mairie de Suresnes


Une autre enquête réalisée en 2020 par Wamiz auprès de 3846 personnes révèle que pour 88% d’entre- elles, le décès d’un animal est aussi difficile à surmonter que celui d’un proche.(3)
Citons dans ce cadre Irène Combres, experte formée à l’accompagnement du deuil en général et spécialisée dans le deuil animalier, auditionnée en janvier 2023 par Béatrice de Lavalette dans le cadre de ses fonctions de maire adjointe aux ressources humaines, dialogue social et innovation sociale, l’élue à la condition animale en ville et les organisations syndicales suresnoises, pour qui « la perte d’un être humain et la perte d’un animal de compagnie peuvent être semblables car ce qui compte avant tout c’est l’attachement à cet être cher. De plus, la perte d’un animal peut raviver la douleur liée à la mort d’un proche. Les conséquences liées au deuil d’un animal de compagnie sont multiples : les maîtres endeuillés éprouvent en effet de l’anxiété, de l’angoisse, du déni, de la culpabilité, de la solitude voire de la colère. Plusieurs symptômes somatiques et psychologiques peuvent être observés à la suite de la perte d’un animal de compagnie dont :
Fatigue
– Désespoir
– Retrait social
– Dépression
– Solitude face à la non reconnaissance du deuil de son animal


Le lendemain de la perte d’un animal, la personne peut passer sa nuit à pleurer et ressent un manque terrible de sommeil. Aller au travail le lendemain de la perte d’un animal est très compliqué et contreproductif. La personne est présente physiquement mais aura des difficultés à s’impliquer dans son travail : la personne endeuillée n’est plus productive, est émotionnellement vulnérable et n’a pas les capacités physiques et psychiques pour aller travailler » précise Irène Combres, ajoutant que « ce mal-être physique et mental se traduit dans certains cas par des arrêts maladies à répétition. Des remarques négatives, parfois des moqueries déplacées ou des commentaires réprobateurs de la part de collègues, qui ne savent pas comment réagir dans une telle situation, peuvent venir sérieusement troubler le processus de deuil. De façon générale, la perte d’un animal peut être aussi douloureuse que la mort d’un proche et a des conséquences majeures sur la capacité à travailler des personnes endeuillées dont la solitude est immense, le sommeil troublé, la motivation impactée et les capacités cognitives limitées » explique la spécialiste du deuil animalier.

Des propos qui font écho à ceux de Michel Fize, ancien chercheur au CNRS spécialiste des questions d’adolescence, de jeunesse et de famille, qui confie au journal Le Parisien en 2016 (4): « je n’aurais jamais imaginé qu’on puisse ressentir un tel chagrin pour un animal ». Son témoignage est d’autant plus intéressant, voire interpellant, qu’il n’avait jamais eu d’animal avant l’âge de 58 ans. Le sociologue a découvert la puissance du lien avec un animal et le drame de la perte de cet être avec lequel il avait tant partagé. Il a été confronté, comme bon nombre de personnes, à l’incompréhension et à l’étonnement de certains proches hermétiques à une telle souffrance « juste pour un chien ». Ainsi, le sociologue a-t-il consacré un livre « Merci Will et à bientôt » au deuil de son chien dont il a dit lui-même que « c’est le livre le plus difficile que j’aie eu à écrire. Ça a été douloureux »(5). A cet égard, Le Parisien précise : « quitte à en déconcerter quelques-uns qui, dans son entourage, lui recommandaient de moins s’épancher, Michel Fize persiste et signe : il vit le deuil de son chien. Une souffrance répandue, mais encore largement mal comprise. ».

Pour Michel Fize, « Le chagrin est la grandeur de l’Homme, pas son déclin »(6).
La sidération et le drame absolus vécus qu’il décrit sont représentatifs de la douleur ressentie par tous ceux qui perdent les animaux qui partagent leur vie.

Les études scientifiques que nous avons consultées confirment la grande souffrance liée au décès d’un animal de compagnie. Ainsi, une étude du département de psychologie de l’Université de Lancashire (Royaume Uni) révèle que la perte d’un chien est, pour son propriétaire, aussi douloureuse que celle d’un proche.(7) « De nombreux propriétaires d’animaux attribuent des caractéristiques humaines à leurs animaux(8). Dans la mesure où les humains peuvent former un lien d’attachement avec un animal similaire à celui qu’ils ont avec un humain, le processus de deuil lié à la perte d’un animal peut être comparable. Cette perte peut isoler socialement la personne en deuil. Non seulement la personne est stressée et peut-être déprimée, mais de nombreuses personnes ne se sentent pas à l’aise pour pleurer ouvertement la perte de leur animal de compagnie en raison de la pression sociale et cela est plus marqué pour les hommes(9). » Annique Lavergne déclarait en 2003, dans le cadre de son doctorat de psychologie à l’Université de Laval au Québec, que « le fait que la perte d’un animal de compagnie ne soit pas reconnue comme un véritable problème rend l’événement encore plus pénible et traumatisant pour le maître. ». D’où, selon elle, « la nécessité de reconnaître que pour certains, cet animal représentait leur meilleur ami, un substitut d’enfant, un rôle de protecteur ». « Lorsqu’un individu perd un animal de compagnie, cela peut être une expérience traumatisante, en particulier compte tenu de la force de l’attachement, du rôle que l’animal a joué dans la vie de l’individu, ainsi que des circonstances et du type de perte»(10), confirme également le Dr Michelle Crossley, professeure adjointe au Rhode Island College, conseillère en santé mentale et co-autrice d’une étude sur la souffrance liée à la perte d’un animal.(11)

Dans un tel contexte, le retour au travail s’avère complexe. En effet, la perte d’un animal de compagnie est éprouvante pour les propriétaires contraints toutefois de reprendre leur travail, en dépit de leur état mental et physique, dans un environnement où leur tristesse et leur deuil ne sont pas toujours reconnus par leur employeur et leurs collègues.

Nous, signataires de la Charte, considérons que nous ne sommes pas en droit de hiérarchiser la douleur d’une personne face à un deuil quel qu’il soit car les émotions ressenties lui sont propres.
C’est l’intensité de la douleur vécue lors d’un deuil animalier qui doit prévaloir pour l’employeur et non la valeur que ce dernier pourrait lui attribuer parce que c’est une émotion qui appartient à chaque individu.

Ainsi, Nous, signataires de la Charte, réaffirmons notre engagement en faveur du bien-être et de la qualité de vie au travail comme axe essentiel et prioritaire d’une politique de ressources humaines. C’est dans ce cadre qu’il convient d’œuvrer pour faire accepter, sans jugement de valeur, la douleur de ce deuil qui isole les personnes qui en sont touchées et d’accompagner les agents du public et les salariés du privé lors du deuil de leur animal de compagnie.

C’est ainsi qu’il faut les aider à faire face à l’éventuelle incompréhension de leur employeur et de leurs collègues en agissant tous ensemble afin que l’environnement professionnel de chacun puisse reconnaitre cette douleur profonde et intime à sa juste valeur.

Cette reconnaissance du deuil animalier pourrait se traduire par un jour de congé supplémentaire dans les entreprises privées qui le souhaitent, notamment dans le cadre de leur politique RSE de bien-être et de qualité de vie au travail. Dans le secteur public, il conviendrait de faire évoluer la réglementation, qui aujourd’hui ne le permet pas, et d’octroyer une journée d´Autorisation d’Absence aux agents des différentes branches de la Fonction Publique pour que tous les employeurs publics reconnaissent ce deuil d’un être cher, membre du noyau familial, dans le cadre d’un dialogue social fructueux conduisant notamment, dans l’idéal, à un accord dans les collectivités territoriales.

De plus, cette Charte pour une reconnaissance du deuil animalier par les employeurs publics et privés s’inscrit totalement dans le cadre de l’évolution sociétale de notre rapport aux animaux et doit aussi s’entendre comme un progrès de notre Humanité eu égard à l’histoire de notre relation aux animaux depuis l’Antiquité.

Cette Charte, par sa signature, ouvre la voie de la reconnaissance du deuil animalier par les employeurs publics et privés et s’inscrit dans une démarche qui lie bienveillance et acceptation de la douleur d’autrui, quelle qu’elle soit, en créant les conditions d’une relation renforcée entre salariés/agents et leurs employeurs. Nous, Signataires, sommes convaincus que cette reconnaissance se traduira par un lien de confiance intensifié avec son employeur, une motivation accrue, la consolidation du sentiment d’appartenance à son entreprise/collectivité, l’amélioration de la qualité de vie au travail, la diminution de l’absentéisme et un levier d’attractivité qui sont des axes fondamentaux d’une politique de ressources humaines engagée.

Enfin, en signant cette charte, vous inscrirez votre nom dans l’histoire de notre relation aux animaux et de son évolution inéluctable et répondrez aux attentes d’un très grand nombre de français sur cette question devenue une question sociétale.

1 Enquête réalisée par le CSA et la Société Centrale Canine en avril 2022
Microsoft Word – DP_Conf Presse 140 ans Centrale Canine_val.docx (centrale-canine.fr)
2 Enquête réalisée par Woufbox et Data Presse Premium en 2022 https://www.datapressepremium.com/rmdiff/2007177/Communique_de_Presse_Sondage_Octobre_2022_Wo ufbox37.pdf

3 Enquête réalisée par Wamiz et Esthima auprès de 3846 propriétaires de chiens et/ou de chats sur l’ensemble
du territoire français (du 14 au 21 septembre 2020)
etude-esthima-x-wamiz-animaux-de-compagnie-obseques-deuil
4 Le Parisien, 2016. Deuil d’un animal de compagnie : le sociologue Michel Fize lève un tabou. URL : https://www.leparisien.fr/societe/le-chien-meurt-le-maitre-pleure-10-07-2016-5955667.php
5 https://wamiz.com/chiens/actu/merci-will-bientot-sociologue-rend-bel-hommage-chien-8195.html

6 Le Parisien, 2016. Deuil d’un animal de compagnie : le sociologue Michel Fize lève un tabou. URL : https://www.leparisien.fr/societe/le-chien-meurt-le-maitre-pleure-10-07-2016-5955667.php
7 J. Archer, Evolution and Human behavior, volume 18, issue 4, juillet 1997, pages 237-259. URL : https://doi.org/10.1016/S0162-3095(99)80001-4
8 Field et al, 2009
9 Crossley, 2013 ; Field et al., 2009 ; Sife, 2014
10 Review provides new perspective on grieving loss of a pet, Eurekalert, 24/11/22.
11 Crossley, M. K. and Rolland, C. (2022) ‘Overcoming the social stigma of losing a pet: Considerations for counseling professionals’, Human-Animal Interactions. CABI International.

*Fize, Michel (2023). Comment survivre à la disparition de son animal de compagnie ? guide pratique à destination des personnes endeuillées. Independently published
C’est ainsi qu’il faut les aider à faire face à l’éventuelle incompréhension de leur employeur et de leurs collègues en agissant tous ensemble afin que l’environnement professionnel de chacun puisse reconnaitre cette douleur profonde et intime à sa juste valeur.

Article de Jessica Serra, chercheuse, éthologue, conseillère scientifique sur le deuil animalier dans Atlantico : Vers qui se tourner à la mort d’un animal de compagnie ?

Article de Anne-Claire Gagnon dans la Semaine Vétérinaire – Deuil animalier : un tabou à lever (26 avril 2024)